DANIÈLE SASSOU NGUESSO, Au cœur de l’engagement, pour l’avenir des femmes africaines.

DANIÈLE SASSOU NGUESSO, Au cœur de l’engagement, pour l’avenir des femmes africaines.
Titulaire d’un Bac scientifique à l’âge de 17 ans, Danièle SASSOU NGUESSO d’origine gabonaise, n’a pas tardé à trouver sa voie dans le domaine de la santé, d’autant plus que ses parents y exerçaient déjà. À 45 ans, la native de Dakar est une opticienne confirmée à la tête de l’entreprise « Optical », un pari osé qui s’est avéré payant. 19 ans après son lancement à Libreville, la marque est représentée dans 5 pays africains. Notre manager du mois, beaucoup plus connue pour son engagement en faveur de l’autonomisation des femmes à travers la Fondation SOUNGA qu’elle dirige depuis 2015 au Congo. Véritable féministe, elle a commis un ouvrage dont le sujet principal est l’égalité homme-femme pour une croissance inclusive au Congo.
Enoromi Magazine : Qui est Danièle SASSOU NGUESSO ?
Danièle SASSOU NGUESSO
Danièle SASSOU NGUESSO est née le 5 juillet 1976 à Dakar, au Sénégal, d’un père médecin et d’une mère docteure en pharmacie. Elle entame ses études secondaires à l’école des Presles, un internat situé en Bourgogne où elle a obtenu son Baccalauréat scientifique à l’âge de 17 ans. Après un premier cycle d’études médicales, elle intègre l’École Supérieure des Opticiens de Paris d’où elle sort titulaire d’un diplôme d’opticien lunetier, option optométrie. Entamant sa carrière au sein de Grand Optical à Paris, elle décide, après plusieurs années d’expérience professionnelle, de rentrer en Afrique où elle ouvre son premier magasin d’optique en 2003 à Libreville, au Gabon, sous la marque « Optical ».

L’entreprise est aujourd’hui un groupe paramédical présent dans 5 métropoles africaines. En quête permanente de perfection, cette épouse et mère de 4 enfants a achevé au printemps 2016 un Master « Politiques et Management du Développement - Afrique » au sein de Sciences Po Paris. Elle dirige depuis 2015, la Fondation SOUNGA, une organisation à but non lucratif qui œuvre pour l’autonomisation des femmes.
Enoromi Magazine : Vous êtes très active dans le domaine de l’entrepreneuriat social au Congo, avec notamment plusieurs casquettes ? Comment gérez-vous tout cela au quotidien ?
Danièle SASSOU NGUESSO
Lancer une nouvelle entreprise, se lancer dans l’entrepreneuriat social nécessite une telle implication et un tel dévouement que l’on pourrait comparer cela à l’intégration d’un nouveau membre au sein de la famille. C’est dire si un projet dans l’entrepreneuriat social réclame de l’attention, de la disponibilité, de la dévotion, afin de pouvoir lui donner vie, le faire grandir et être pérenne.

Afin de pouvoir concilier sa vie professionnelle et sa vie personnelle, tout en faisant que je puisse y trouver un épanouissement optimum en veillant à l’équilibre de chacune d’entre elles, il est primordial de veiller à une organisation efficace, à laquelle il faut rarement déroger.

L’aventure entrepreneuriale, notamment à vocation sociale, s’apparente à des montagnes russes, avec des hauts et des bas, un parcours imprévisible, qui va nécessiter beaucoup d’efforts, pour inscrire notre légitimité, au niveau territorial, de la société civile, mais également des acteurs économiques… et donc autant d’implication et d’énergie. Mais vous pouvez vous douter qu’il n’existe pas de parcours ou d’organisation linéaires, que l’on peut dupliquer au quotidien. Néanmoins, afin de pouvoir y parvenir, je me suis imposé une rigoureuse routine entre ma vie personnelle et professionnelle :
  • Avec l’exacerbation de la crise sanitaire, j’ai comme beaucoup de personnes eu à adopter de nouveaux outils collaboratifs, afin de pouvoir gérer les équipes à distance ;
  • J’utilise par ailleurs une « To do » liste quotidienne, me permettant de pouvoir passer en revue l’ensemble des tâches que je dois accomplir au quotidien et d’avoir une visibilité en temps réel de ma productivité ;
  • J’ai mis en place un rétroplanning : pour avoir une visibilité élargie sur l’ensemble des différents projets en cours, me permettant de me désencombrer l’esprit et de clarifier mes idées quant aux différentes décisions à prendre ;
  • Par ailleurs, je suis un planning de communication qui est mis en place suffisamment en amont, afin de pouvoir laisser une marge suffisante en cas d’imprévu.
L’organisation est la clé d’un bon fonctionnement, afin de ne pas risquer l’épuisement et pouvoir affronter les challenges qu’une telle fonction vous voir revêtir. À cela j’ajoute une dose d’agilité et de persévérance, afin de garantir le bon fonctionnement de mes différents projets.
Enoromi Magazine : Votre Fondation « Sounga » met un accent particulier sur la femme congolaise. D’abord que signifie « Sounga ? Pouvez-vous en dire plus sur cette fondation ?
Danièle SASSOU NGUESSO
La Sounga est une fondation à but non lucratif, qui signifie « aide » en lingala et dont l'objectif est d'aller à la rencontre des femmes qui sont quotidiennement confrontées à des obstacles face à leur épanouissement. J’ai fondé cette organisation en 2015, afin de mettre à la disposition des femmes, un organisme et des équipes capables de les écouter, de leur donner la parole, de les aider à acquérir plus d'autonomie et de les responsabiliser en leur offrant les moyens d'entreprendre leurs ambitions à travers des formations, des microcrédits et des programmes sur le terrain. La Fondation Sounga a articulé son développement autour de grands objectifs, qu'elle s'efforce d'atteindre à travers des projets phares :
  • La promotion de l'autonomisation des femmes ;
  • La création d'un Label Genre Sounga ;
  • Des groupes de réflexion annuels ;
  • L’introduction et la vulgarisation de la problématique du genre :
  • Le renforcement de la corrélation entre la société civile et l'État ;
  • Légiférer en faveur des femmes, porter leur voix auprès des différentes institutions nationales et internationales ;
Le Congo fait partie d’un monde en perpétuel changement, et les femmes ont un rôle crucial à y jouer et le droit d'être reconnues, de rester en tête du jeu et de ne pas être laissées pour compte.
Enoromi Magazine : Quels sont les projets majeurs sur lesquels votre organisation travaille actuellement ?
Danièle SASSOU NGUESSO
Au-delà des différents projets que j’ai pu énumérer plus tôt, la situation sanitaire mondiale a mis un coup d’arrêt brutal, comme beaucoup, nombre de nos activités. Notre résilience, au sein de la Fondation SOUNGA, nous a amenés à redéployer des projets phares, en nous basant sur les besoins de notre audience, mais également en respectant les contraintes qui nous étaient imposées en ces temps incertains.

L’Académie du Leadership de la Fondation SOUNGA est l’une des clés de voute de la reprise de nos activités. En effet, ce projet unique en Afrique centrale a pour objectif de former les femmes à l’apprentissage du Leadership et de l’entrepreneuriat féminin, grâce au renforcement opérationnel des compétences et de la confiance en soi :
  • Pour les doter des capacités en matière de Leadership, devenir des interlocutrices formées, performantes et actives au sein des cercles privés et professionnels au sein desquels elles sont impliquées ;
  • Enfin, de renforcer leur présence et leur représentativité à des postes à responsabilités.
La première édition s’est tenue à Brazzaville en novembre 2019, réunissant pas moins de 112 femmes actives, majoritairement de Brazzaville, mais également de la RDC et du Gabon voisins. La deuxième édition, initialement prévue en 2020, a finalement pu se tenir à Pointe Noire, en novembre 2021, comptant cette fois pas moins de 150 participantes… un véritable succès !

Cette formation de trois jours, se base sur une pédagogie action participative, composée d’une approche générale le matin et d’ateliers pratiques l’après-midi. Elle est animée par des intervenants spécialisés et pédagogues, professionnels congolais, ivoiriens et européens rompus à la pratique de l’entrepreneuriat, du leadership et la gestion de groupes, ainsi que de grands témoins, leaders en activité, qui viennent partager leurs expériences.

Enfin, je ne suis pas peu fière de dire que nous venons d’achever la troisième édition qui s’est tenue à Brazzaville en mars dernier, à l’occasion du mois de la femme et qui a réuni plus de 200 femmes. Ce projet nous a permis de repartir à la rencontre des femmes, mais surtout d’impulser le déploiement de modèles dans la sous-région et au-delà, des informations que nous ne manquerons pas de partager avec vous prochainement.
Enoromi Magazine : Votre fondation entend-elle limiter son action au seul espace congolais, lorsqu’on sait que toutes les femmes de la sous-région connaissent les mêmes problèmes dans le domaine de l’entrepreneuriat ?
Danièle SASSOU NGUESSO
Comme j’ai pu le dire précédemment, la vocation initiale de la Fondation SOUNGA était de venir en aide aux femmes congolaises. Nous sommes plus que conscients, grâce à notre exposition à l’échelle continentale et internationale, que les problématiques des femmes africaines, notamment en Afrique centrale, sont similaires, alourdies par des coutumes et des stéréotypes sociaux communs, qui assujettissent la femme à un rôle secondaire. Notre ambition est de servir le plus grand nombre de femmes et nous sommes prêts à nous déployer dans les pays où le besoin est exprimé, si nous parvenons à nous atteler à des partenaires nous permettant cet ancrage. Nous sommes plus qu’ouverts et enclins à étendre nos projets à toutes les femmes africaines.
Enoromi Magazine : Les questions d’égalité des genres sont des sujets qui vous préoccupent particulièrement. Vous avez d’ailleurs commis un ouvrage dans ce sens : Genre et développement en République du Congo ; promouvoir l'égalité hommefemme au profit de la croissance, paru en 2016. Quelle approche soutenez-vous dans vos écrits ?
Danièle SASSOU NGUESSO
L’approche « Genre et développement» a été adoptée pour la première fois lors de la Conférence de Pékin en 1995. Elle consiste à prendre en compte la répartition des rôles et des activités des femmes et des hommes dans chaque contexte et dans chaque société pour tendre vers un équilibre des rapports de pouvoir entre les sexes.

Cette approche repose sur l’analyse et la remise en cause des processus et rapports de pouvoir entre les femmes et les hommes, fondés sur l’assignation des rôles socialement construits en fonction du sexe. Malgré des cadres juridiques instaurant l’égalité entre femmes et hommes, les femmes ne bénéficient toujours pas des mêmes droits et opportunités au quotidien et continuent à subir des discriminations et des violences liées aux traditions, voire aux législations et aux institutions au Congo.

Mon ouvrage se base sur les différentes enquêtes menées par les autorités congolaises, notamment en 2011, qui ont mis en exergue les profondes inégalités qui existent entre les hommes et les femmes. Si elles représentent plus de 52% de la population congolaise, elles restent en marge de la gestion des affaires publiques, de la diversification de l’économie ou des postes de décision. Il est indispensable que la parité en matière de genre joue une place centrale dans la déclinaison congolaise du cadre conceptuel de développement proposé par l’évolution du monde.

Cela induit un changement de mentalité, il est nécessaire que les actions initiées tout au long de ce processus d’atteinte de l’égalité soient accompagnées d’une évaluation régulière et d’un engagement actif des institutions et des pouvoirs publics. La quête du développement inclusif comprend, par définition, une participation de toutes les composantes de la société y compris des femmes. Dès lors, l’égalité hommefemme est une condition nécessaire pour réaliser un véritable développement au service d’une nation forte et prospère et cela nécessite l’implication de tous !
Enoromi Magazine : Peut-on dire que vous êtes une féministe ?
Danièle SASSOU NGUESSO
Je suis bien évidemment féministe, dans la mesure où je suis surtout humaniste et revendique de manière explicite l’égalité entre tous les êtres humains. Les inégalités sont encore bel et bien à l’ordre du jour de tous les agendas internationaux en matière de développement. Le féminisme est un ensemble de mouvements et d'idées philosophiques ayant pour vocation de définir et de promouvoir l'égalité politique, économique, culturelle, sociale et juridique entre les femmes et les hommes en militant pour les droits des femmes pour objectif d'abolir, les inégalités dont sont victimes les femmes.

J’appartiens naturellement à ce mouvement qui souhaite que les femmes puissent avoir des droits étendus en vue d’égaliser son statut avec celui de l’homme, de participer à la vie politique, juridique, économique et idéologique de manière égale !
Enoromi Magazine : Un de vos programmes phares, « l’Académie du Leadership », connaît un franc succès. Envisagez-vous d'organiser des séances dans d’autres pays pour ces femmes qui vous suivent et adhèrent à votre vision ?
Danièle SASSOU NGUESSO
Comme évoqué plus tôt, nous sommes, au sein de la Fondation SOUNGA, plus qu’enclins à déployer nos projets au-delà des frontières du Congo. Si nous avons été quelque peu freinés par la situation sanitaire mondiale, nous envisageons à nouveau de faire de programme une formation itinérante, conjuguée aux réalités locales de chaque pays. Nous recherchons actuellement des partenaires, dans différents pays, afin de pouvoir réaliser cette ambition. Nous devrions ainsi voir la première édition internationale de l’Académie du Leadership, avant la fin de l’année 2022 !
Propos recueillis par
Christian BOUA

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