Restitution des «biens coloniaux mal acquis», Le Gabon à la traine.

Restitution des  «biens coloniaux mal acquis», Le Gabon à la traine.
Alors que plusieurs pays africains s’attèlent depuis des années à rapatrier leurs biens culturels arrachés durant la colonisation, le Gabon brille par une absence, sinon un réveil tardif dans ce dossier. Laissant ainsi le loisir aux autres de jouir de son patrimoine culturel, comme ce fût encore le cas en mars en France, avec la vente d’un masque Fang aux enchères, pour 3,4 milliards de FCFA. Des faits qui rejoignent le désintéressement global des politiques à l’égard de la culture au Gabon.
L’actualité culturelle en fin mars a été marquée par la vente aux enchères à Montpellier, en France, d’un masque Fang sacré contre la somme de 3,4 milliards de nos francs (avec les frais). Au même moment, trois masques Punu, estimés eux à 230 millions de FCFA, n’ont pas trouvé preneur. Les prix dantesques de ces œuvres culturelles arrachées durant la colonisation rappellent la valeur qu’elles peuvent avoir au sein d’un musée, ou auprès d’un collectionneur. Mais ils dénotent surtout, et malheureusement, de l’inaction de nos pouvoirs publics quant à la réappropriation de ces richesses traditionnelles.

Voilà pourtant cinq ans que la démarche de restitution du patrimoine culturel colonial a été facilitée pour les nations africaines sous influence française, avec l’engagement pris par Emmanuel MACRON le 28 novembre 2017 à Ouagadougou (Burkina Faso), de fluidifier la mécanique pour les pays qui en manifesteraient l’intérêt. Le Bénin, le Sénégal, et plusieurs autres pays du continent n’ont pas attendu plus longtemps pour réclamer et obtenir le retour d’une bonne partie de leurs biens ancestraux.

LE GABON AUX ABONNÉS ABSENTS

Dans une interview accordée en avril 2022 au site d’information Gabonreview, Richard SEDILLOT, expert en droit international ayant conseillé plusieurs pays dans le dossier de la restitution de biens culturels, avait laissé entendre que le Gabon avait volontairement trainé le pas sur cette question. « Une loi a récemment été votée s’agissant des restitutions conçues en faveur du Bénin et du Sénégal. Nous avons également vu que quelques autres pays sollicitent le retour de biens culturels emportés lors des périodes coloniales. À ma connaissance, le Gabon n’a pas encore formé de demandes, bien que de nombreuses œuvres gabonaises se trouvent dans les collections nationales françaises », a déclaré l’expert.

Avec l’ouverture d’un nouveau musée à Libreville depuis quatre ans, le Gabon aurait pourtant dû être en tête des pays réclamant le retour de leur patrimoine culturel, pour asseoir ses ambitions touristiques. Et même, pour rapatrier un patrimoine que beaucoup de Gabonais considèrent comme inestimable, parce que faisant partie intégrante de leur identité.

UN RÉVEIL TARDIF ?

Si une tentative de positionnement du Gabon a été enregistrée dans ce dossier en 2019, il aura fallu la grogne suscitée par la dernière vente aux enchères pour voir le gouvernement se bouger véritablement. Le 8 avril dernier, le ministre de la Culture, Pr Patrick MOUGUIAMA DAOUDA, a été ainsi sommé par le chef de l’État de « signer les conventions et les négociations avec les structures détentrices de nos œuvres, en vue de leur rapatriement sur le territoire gabonais ». Que de temps perdu ! Que de biens éparpillés en attendant ! Car faut-il le rappeler, cette vente aux enchères est loin d’être la première. En 2006 déjà, un autre masque Fang avait atteint la somme de 4 milliards de FCFA dans une opération similaire en France, établissant un record en la matière. Pour ne citer que cet exemple.

Vivement que le réveil des autorités publiques, quoique tardif, aboutisse à un changement radical de notre politique culturelle. Notamment au sujet de ces biens culturels spoliés. Il en va de notre «gabonitude». Car comme le rappelait si bien Ellen KEY, « la culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié »
Fred EYO’O

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