PAUL ANICET MOUNZIEGOU, L’enseignant au service du sourd-muet.

PAUL ANICET MOUNZIEGOU, L’enseignant au service du sourd-muet.
L’année 2020 a été marquée par la crise sanitaire mondiale liée à l’apparition de la Covid-19. Dès le mois de mars, les autorités gabonaises ont pris un certain nombre de mesures visant à faire face à la pandémie, dont la mise en place du Comité de pilotage du plan de veille et de riposte contre l’épidémie à Coronavirus (Copil). Dès les premières conférences de presse de l’ancien porte-parole du Copil devenu ministre de la Santé, Guy Patrick Obiang Ndong, une silhouette svelte et de grande taille se tenait derrière lui. C’est peu dire que cet homme qui ne s’exprimait que par des gestes crevait l’écran et suscitait quelques interrogations chez les téléspectateurs et internautes. Enoromi Magazine l’a rencontré, il s’agit de Paul Anicet Mounziegou, traducteur et interprète en langue des signes. Qui est-il ? Quel est son ? Allons à la découverte de cet enseignant et écrivain engagé pour la cause du sourd-muet au Gabon depuis plusieurs années.
ENOROMI MAGAZINE : Vous êtes devenu un incontournable durant les communications journalières du porte-parole du Copil. Qui est Paul Anicet Mounziegou ?
Paul Anicet MOUNZIEGOU
Pour me présenter, je suis né en 1984 à Libreville où j’ai passé l’essentiel de mon enfance ainsi que de ma scolarité. J’ai une Maîtrise en Études ibériques et Latino-américaines obtenues à l’Université Omar Bongo en 2010. À la fin de mon second cycle universitaire, j’ai postulé au concours de l’École Normale Supérieure dont je suis sorti en 2014 avec un Certificat d’Aptitude au Professorat pour l’Enseignement Secondaire (CAPES). Ce diplôme m’a ouvert les portes de l’enseignement. Ainsi, je suis enseignant d’Espagnol au Lycée Montalier à Libreville.

Par ailleurs, depuis quelque temps, je suis membre de l’Union des Ecrivains Gabonais (UDEG) après la publication de deux livres consacrés à l’univers des sourds et malentendants au Gabon. Par passion, j’ai appris la langue des signes et j’en suis devenu interprète.
ENOROMI MAGAZINE : Enseignant, écrivain, traducteur de la langue des signes... comment arrive-t-on à tout ça ?
Paul Anicet MOUNZIEGOU
Quand on est un passionné de lecture, en plus d’avoir choisi un métier qui vous met en relation permanente avec les livres, il est très facile de s’engager dans un projet d’écriture. Le fait que je sois enseignant m’a permis de facilement m’intéresser à l’écriture. Cependant, il faut un thème pour écrire, c’est ce que m’a offert le monde des sourds. C’est à travers mes activités dans les associations que je me suis surpris entrain de m’interroger sur la condition des sourds dans notre pays. De fil en aiguille et c’est après des enquêtes auprès de certaines personnes que va se matérialiser l’écriture de deux livres. Le premier a pour titre : « L’Univers des Sourds au Gabon : entre histoire et luttes » et le second qui est un roman s’intitule : «Histoire d’un père trouvé». Un troisième est actuellement en préparation. Les deux ouvrages abordent de façon générale, la situation éducative, sociale, économique de la communauté des sourds du Gabon. Ils sont pour moi le fruit de la matérialisation de mon engagement auprès de ces personnes qui vivent avec un handicap.

D’ailleurs, c’est l’occasion ici de souligner que les déficients auditifs sont encore très marginalisés, laissés pour compte sur quasiment tous les aspects de leur vie de notre société. Or, comme nous, ils ont droit à l’éducation, à la formation, à un emploi et à une meilleure insertion sociale. L’interprétariat en langue des signes s’inscrit également dans la même logique: apporter ma modeste contribution pour l’épanouissement de cette frange de la population. La langue des signes reste le moyen de communication le plus efficace pour les sourds. Il est donc important de former davantage d’ interprètes. Il y a un déficit certain en personnel, on devrait y orienter un grand nombre de jeunes pour bénéficier d’une main - d’oeuvre qualifiée. Aussi, à travers le pays, il est nécessaire d’ouvrir des centres d’accueil pour l’enseignement et l’apprentissage de la langue des signes, non seulement pour les malentendants ou les interprètes, mais aussi pour les familles qui ont parfois des difficultés à communiquer avec leurs enfants frappés par ce handicap.
ENOROMI MAGAZINE : Vous avez consacré deux livres aux sourdsmuets, qu’est-ce qui justifie votre engagement auprès de ces personnes ?
Paul Anicet MOUNZIEGOU
« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir », affirmait Aimé Césaire. Je m’inscris dans sa logique. À travers mes deux ouvrages, et toutes mes actions en leur faveur, je souhaiterais apporter ma modeste contribution pour l’émancipation sociale de cette frange de la population. Comme je l’affirme souvent, osez favoriser l’éducation des sourds et vous trouverez des ‘surdoués’.

Certaines personnes pensent à tort ou à raison que les sourds ne sont pas utiles à la société. Pour ma part, je m’inscris en faux par rapport à ces préjugés. En réalité, c’est la société qui est handicapée parce qu’elle peine à intégrer les sourds et non le contraire. Si vous voulez que la condition du sourd change, changez d’abord les stéréotypes de la société. C’est mon leitmotiv. Il faut que notre société révise son rapport avec le monde des sourds. Ils sont pleins de talents au – delà de leur handicap.
ENOROMI MAGAZINE : Au-delà de la passion, n’y a-t-il pas une situation particulière qui vous aurait conduit à l’apprentissage de la langue des signes ?
Paul Anicet MOUNZIEGOU
Plusieurs raisons m’ont amené à apprendre la langue des signes. Ici, je mentionnerai une en particulier. Il s’agit de la curiosité. Il faut dire que j’ai un attrait particulier pour l’apprentissage de tous les moyens de communication, les langues en général, dont la langue des signes. La réalité repose également sur le fait que dans mon environnement et lors de mes sorties, je croisais très souvent des sourds au quotidien. En les voyant signer, je m’interrogeais sur ce langage qui utilise les doigts pour communiquer. Au départ c’était étrange puis j’ai commencé, avec l’aide d’un ami qui m’y a initié, à apprécier. Nous sommes en 2003. Cela fait donc 17 ans que je travaille et collabore avec cette communauté.

La singularité de ce système de communication repose sur des gestuelles produites par les mouvements des mains, du visage et du corps dans son ensemble. On y communique par la transmission des émotions, mais dans le but de remplir toutes les fonctions des langues orales.
ENOROMI MAGAZINE : Vous avez servi comme traducteur pour le Copil, que retenez – vous de cette expérience ?
Paul Anicet MOUNZIEGOU
Ma présence au Copil m’a permis d’atteindre au moins trois objectifs :

1- Sensibiliser la population sourde sur l’importance de respecter les gestes barrières ;

2- Faire connaître la langue des signes au public;

3- Faire connaître le métier d’interprète en langue des signes.

Il faut également dire qu’en matière de lutte contre la Covid-19, la sensibilisation est un élément fondamental, au-delà du matériel qui peut l’accompagner. Ainsi, ma présence au sein du Copil constitue un élément inclusif, marqueur de la considération des autorités politiques à l’égard de la communauté des sourds-muets de notre pays. À travers les spots, les affiches de sensibilisation et le travail de mes collègues dans les chaînes de télévision, les Sourds sont au fait de l’information sur le Coronavirus. Je ne peux que saluer le travail des responsables du Copil.

D’ailleurs, des nombreux retours que j’ai, les résultats sont positifs. Je mentionnerai la satisfaction de la communauté sourde du fait d’avoir eu accès aux informations au même titre que les personnes dites « entendantes ». Je rappelle que les premières conférences se faisaient sans interprète. Pour avoir les informations, certains responsables d’associations de Sourds étaient obligés de se rendre sur YouTube et lire les communiqués à travers le sous-titrage puis relayer l’information aux autres. C’est donc un sentiment de satisfaction de savoir qu’ils ont à présent un interprète à leur disposition.

Le deuxième résultat, c’est le fait de voir que beaucoup parmi eux appliquent les gestes barrières au quotidien.

Enfin, je me réjouis de savoir que le message passe bien. En effet, à ma connaissance, nous n’avons pas encore enregistré un cas de Covid- 19 bien que cette éventualité n’est pas à exclure.
Propos recueillis par
Séif MOSTLEY

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