LA VOITURE ÉLECTRIQUE EN AFRIQUE, Le rêve impossible ?

LA VOITURE ÉLECTRIQUE EN AFRIQUE, Le rêve impossible ?
Le défi de la transition écologique est devenu un axe majeur de développement des pays africains. Pour cela, la transformation des habitudes de production et de consommation passe notamment par le véhicule électrique réputé non polluant. Mais la voiture électrique semble également poser quelques contraintes pour les Africains en termes d’infrastructures et de coûts d’acquisition. Cela en fait-il un rêve impossible pour les Africains ? Éléments de réponse.

Un marché automobile de faible taille

Jamais depuis le lancement du Diem Les enjeux liés au changement climatique occupent une part importante dans les pays africains. En effet, bien qu’émettant peu de gaz à effets de serre (seulement 3% de la production mondiale), le continent africain reste l’un des plus touchés par les conséquences du changement climatique. Néanmoins, les pays sont contraints de revoir leurs normes de production de gaz à effets de serre quand on sait que la principale source de production sur le continent provient de l’automobile.

Bien que représentant près de 16% de la population mondiale, le parc automobile africain ne représente quant à lui que 2%. En effet en 2014, on comptait en Afrique environ 44 voitures pour 1000 personnes contre 661 pour 1000 en Amérique du Nord et 569 pour 1000 dans l’Union européenne.

Un marché dominé par les productions étrangères

Même si l’on compte quelques petits constructeurs africains comme Innonson Motors (Nigeria), Kantanka (Ghana) ou encore Möbius Motors (Kenya) qui produisent des véhicules 100% made in Africa, leurs productions restent encore embryonnaires dans un marché ultra dominé par les constructeurs américains (Ford, General Motors), européens (Mercedes, BMW, Renaud, Peugeot, etc.) et asiatiques (Toyota, Nissan, Hyundai). En outre, tous ces véhicules sont importés. L’absence de tissu industriel et d’infrastructures en est la principale raison, les constructeurs préférant s’appuyer sur leurs usines en Europe ou en Asie qui offrent moins de contraintes logistiques et de risques.

Des voitures majoritairement vieilles et d’occasion

Le parc automobile africain est vieillissant en partie à cause du prix de vente des véhicules neufs qui reste encore majoritairement hors de portée des consommateurs africains. Ces derniers sont donc obligés de se tourner vers les véhicules d’occasion. Chaque année, des millions de véhicules d’occasion sont importés sur le continent. Malheureusement, ces voitures sont essentiellement des véhicules qui ne répondent plus aux normes environnementales et de sécurité en vigueur dans leurs pays d’origine. Elles trouvent ainsi une seconde vie en Afrique avec tous les risques environnementaux et de sécurité qu’elles comportent. Entre 2015 et 2018, l’Afrique a importé près de 14 millions de véhicules d’occasion en raison d’une réglementation peu exigeante en la matière.

Mais dans leurs volontés de limiter les effets environnementaux négatifs de ces voitures de seconde main, certains pays ont décidé de se doter des normes plus contraignantes en matière d’importation automobile. Ainsi l’Afrique du Sud, l’Égypte et le Soudan ont interdit l’importation de véhicules d’occasion. Le Maroc, le Tchad, la Côte d’Ivoire et le Gabon autorisent seulement les véhicules de moins de 5 ans tandis que l’Ile Maurice l’a fixé à 3 ans. Malheureusement, dans une trentaine de pays encore, il n’existe aucune réglementation qui interdise l’entrée de vieux véhicules sur leurs territoires si bien qu’en Gambie par exemple, l’âge moyen du parc automobile est de 19 ans. Pire, l’absence de contrôle des émissions polluantes est répandue dans ces pays en dehors du Maroc, du Rwanda, du Ghana et du Nigeria où le respect des normes EURO4 est exigé aux importateurs. L’une des solutions à cette pollution passerait donc par une transition énergétique de l’énergie fossile vers l’électrique jugée moins polluante

La transition écologique par la voiture électrique

Il existe 2 variétés de voitures électriques à savoir la voiture 100% électrique et la voiture hybride dotée d’une double motorisation thermique et électrique. La voiture électrique présente plusieurs avantages sur le plan de la pollution, car n’émettant pas de dioxyde de carbone ni d’autres gaz polluants ; ce qui en fait un atout pour les villes bondées et surpeuplées africaines. Elle ne produit pas non plus de particules fines qui sont souvent la cause des pics de pollution. Le bilan carbone de la voiture électrique est aussi bien supérieur à la voiture thermique (essence ou diesel), ce qui représente un bénéfice notable pour la qualité de l’air. L’autre avantage de la voiture électrique est qu’elle est silencieuse et ne participe pas à la pollution sonore déjà bien présente en zone urbaine. Il en est de même en ce qui concerne l’entretien, car une voiture électrique possède un moteur dont la conception est plus simplifiée que celle d’un véhicule thermique. En effet, il y a dix fois moins de pièces, pas de boîte de vitesse ni vidange d’huile à faire. La consommation est moins importante aussi avec un coût moyen de 2130 à 4100 FCFA au 100 km contre 13 et 25 kWh pour les véhicules électriques actuels. Cependant, ce moyen de transport n’est pas sans inconvénient.

Les obstacles au déploiement de la voiture électrique

Le premier obstacle à la diffusion de la voiture électrique reste son prix très élevé à l’achat. En effet, pour les modèles les plus populaires, les prix sont au-dessus de 30.000 euros (soit 19 millions). Seuls les modèles tels que la Smart et la VW eUp sont en dessous de ce prix. Il reste néanmoins l’alternative de l’achat d’une voiture d’occasion, mais cela nécessite de changer de batterie. Or, le prix moyen d’une batterie tourne autour des 8 100 euros (plus de 5 millions de FCFA).

Des contraintes techniques et d’infrastructures énormes

L’autre difficulté est une autonomie bien inférieure à celle de ses homologues thermiques. En dépit du niveau de qualité des batteries croissant, les longueurs des trajets sont limitées autour de 300 km, voir 600 km pour les modèles les plus performants en une seule charge. Sans parler des problèmes de déchets issus de ces véhicules, dont les batteries qui sont de grandes sources de pollution.

En outre, l’accès à l’électricité courante n’est pas encore une réalité sur tout le continent. L’Afrique est le continent où l’on consomme le moins d’électricité au monde. En 2018 la consommation moyenne par habitant était de 567 kWh contre 7 141 kWh en France, 7 098 kWh aux États-Unis ou 4 906 kWh en Chine. De même que la quantité consommée qui était de 723 TWh est à peine supérieure à celle de l’Allemagne. Une large majorité de la population africaine n’a pas accès à l’électricité. En 2016, seuls 42% des Africains y avaient accès, avec de fortes inégalités entre zones urbaines et rurales (71 contre 22%) selon la Banque Mondiale.

Enfin, l’absence de bornes de recharge rend impossible l’utilisation d’un tel moyen de transport dans le cadre de déplacements interurbains qui nécessitent des recharges multiples. L’absence globale d’infrastructures de transport constitue l’obstacle le plus important au déploiement des véhicules électriques en raison des routes peu praticables en toutes saisons, des ponts vétustes ou inexistants qui limitent leur utilisation aux seules grandes métropoles urbaines. Mais l’emploi de ces voitures vertes doit s’accompagner d’énergie tout aussi non polluante.

Un secteur électrique largement défaillant

La production d’énergie non polluante occupe encore une part insuffisante dans la production d’électricité. Plus 60% de l’énergie électrique produite dans les pays africains sont issus des centrales thermiques qui fonctionnent au fioul, au charbon ou au gaz. Rares sont les pays qui utilisent des ressources naturelles tels que le solaire, l’éolienne ou l’hydraulique dans leurs productions d’électricité.

Pourtant ces ressources naturelles sont disponibles en abondance sur tout le continent. On peut cependant citer pour leurs exploitations les barrages hydroélectriques d’Inga en République Démocratique du Congo (RDC) et de la Renaissance en Éthiopie, voir celui de Tchimbélé-Kinguélé au Gabon. D’autres projets sont en cours notamment au Ghana, au Cameroun ou au Mozambique. Il y a également le parc éolien du lac Turkana au nord du Kenya qui est doté de 365 éoliennes fournissant 310 MW d’électricité à plus 300 000 foyers dans le pays. En dépit de toutes ces infrastructures, 63% des Africains n’ont toujours pas un accès direct à l’énergie électrique. Cette situation est aggravée par un prix élevé de l’électricité et un manque de fiabilité des réseaux de distribution nationaux.

Un rêve hors de portée ?

Au regard de tous ces éléments, il convient objectivement de dire que la voiture électrique reste réservée à très peu de pays tels que l’Afrique du Sud, le Maroc ou le Rwanda. Les autres pays, faute d’infrastructures et d’industries, n’ont pas la capacité de déployer sur leurs territoires de tels moyens de mobilité. Les mécanismes de financement de la transition écologique tels que le Fond vert mis en place lors de la conférence sur le climat de Paris en 2016 ou la taxe carbone doivent aider les pays africains pauvres et sous-développés à se doter de ces infrastructures indispensables. Le véhicule électrique, symbole par excellence de la transition écologique, demeure donc une simple vue de l’esprit pour la très grande majorité des citoyens vivant sur le continent africain.
Jean Paul Augé OLLOMO

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