CRISE EN UKRAINE, Les raisons de la colère de la Russie.

CRISE EN UKRAINE, Les raisons de la colère de la Russie.
L’Europe connaît sa plus grave crise depuis la fin de la guerre froide. Quelles sont les causes de ce conflit ? Quels en sont les impacts géopolitiques ? Décryptage.

Une guerre au cœur de l’Europe

Jamais depuis la fin de la guerre en ex-Yougoslavie en 2001, l’Europe n’avait été frappée par un conflit armé en son cœur même. Dans la nuit du 24 février 2022, le vieux continent a de nouveau basculé dans l’horreur avec des images terribles des avions russes fonçant sur les villes ukrainiennes devant une communauté internationale médusée et complètement paralysée. Pourtant, de nombreuses semaines plus tôt, les menaces d’une invasion russe planaient avec les manœuvres militaires que Moscou et son allié bié-orusse organisaient aux frontières de l’Ukraine. Les Européens refusaient de croire que Vladimir POUTINE franchirait le Rubicon de la guerre en dépit des informations des services de renseignements américains qui disaient clairement le contraire. Malgré de nombreux appels diplomatiques et de déplacements de chefs d’État et de gouvernement (France, Allemagne, Turquie), ce que l’on redoutait arriva avec le déclenchement des hostilités militaires. Mais comment l’Europe est-elle arrivée à ce point ?

Deux nations avec un passé commun

Les relations entre la Russie et l’Ukraine sont pourtant longues et existent depuis l’ère médiévale. La capitale ukrainienne, Kiev, est même considérée comme le berceau de la culture slave. En effet, ces deux peuples partageaient un même territoire, la Rus’ de Kiev (IXe siècle) jusqu’à l’invasion par l’empire mongol (1223-1240) qui les sépara. Les Russes formèrent leur propre empire tandis que l’Ukraine rejoignit la Biélorussie dans le Grand-Duché de Lituanie. Malheureusement, les conflits religieux entre orthodoxes et catholiques poussèrent les Ukrainiens vers la Russie qui les intégra en son sein sous le règne de Catherine II (1654).

À la suite de la révolution bolchevique de 1917, l’Ukraine tenta de reconquérir son indépendance en proclamant la naissance de la République populaire d’Ukraine. Hélas, celle-ci sera rapidement écrasée par les Russes en 1920. La République socialiste soviétique d’Ukraine sera proclamée puis intégrée au sein de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) en 1922.

Après l’effondrement de l’URSS en 1991, l’Ukraine obtint enfin son indépendance, mais de nombreux points de frictions naitront avec son puissant voisin russe. Le jeune État slave dont la classe politique et l’administration sont gangrénées par la corruption s’enlise très vite dans une série de crises politiques dont le point culminant sera la révolution orange de 2005. Durant la décennie qui suivra, les relations entre ces deux États seront ponctuées par de fortes tensions.

Une indépendance sous influence russe

C’est en 2013 que les relations entre la Russie et l’Ukraine vont connaître un nouveau tournant. En effet, au moment où Kiev s’apprêtait à signer un accord d’association avec l’Union européenne (UE), Moscou va alors prendre une série de mesures en vue d’empêcher cet accord. Le président russe, Vladimir Poutine, tente depuis son arrivée au pouvoir en 1999 de ramener les anciennes Républiques socialistes soviétiques dans le giron de Moscou. À la suite des pressions russes, le président ukrainien Victor Ianoukovitch va renoncer à la signature de cet accord. Ce revirement ne sera pas du tout du goût des opposants qui vont aussitôt déclencher une série de manifestations populaires pour demander un rapprochement avec l’UE. Des dizaines de milliers de manifestants qui occupent la place Maïdan et la mairie de Kiev demandent ouvertement la démission du président Ianoukovitch. En février 2014, ces manifestations sont violemment réprimées causant la mort de 80 personnes. Dans la foulée, le parlement votera la destitution du président Ianoukovitch alors en fuite en Russie et l’opposition en profitera pour prendre le pouvoir. La Russie qui qualifie cette situation de Coup d’État refusera de reconnaitre les nouvelles autorités ukrainiennes.

L’annexion de la Crimée et de Sébastopol

Cette énième crise à la tête de l’Ukraine sera celle de trop pour la Russie. Soutenu par Moscou, un référendum d’autodétermination sur l’avenir de la Crimée est organisé en mars 2014. À l’issue de celui-ci, plus de 83% des votants de la Crimée choisiront un rapprochement avec la Russie. Le parlement local va déclarer l’indépendance de la Crimée le 11 mars 2014 et le 16 mars, la Russie annonce officiellement que la Crimée et la ville de Sébastopol, anciennement ukrainiennes, font désormais partie intégrante de la Fédération de Russie. La communauté internationale condamne cette annexion qu’elle qualifie d’atteinte à la souveraineté de l’Ukraine et refuse de reconnaitre le nouveau statut de ces territoires.

Un accord de libre-échange avec l’UE est signé entre le nouveau Président Petro Porochenko et la Commission européenne le 27 juin 2014 à Bruxelles. Dans la foulée, un soulèvement des partisans de l’ancien président Ianoukovitch dans la région de l’Est de l’Ukraine (Donbass) est déclenché contre le pouvoir de Kiev. Les insurgés proclament la République populaire du Donesk et la République populaire de Lougansk. Des affrontements armés qui ont lieu avec les forces loyalistes d’Ukraine et les sécessionnistes soutenus par Moscou plongent cette région dans la guerre civile. Le président Vladimir Poutine est accusé par les Occidentaux de déstabilisation de l’Ukraine et son pays est aussitôt soumis à des sanctions économiques.

La guerre dans les territoires du Donbass

Le 5 septembre 2014, les représentants de la Russie, de l’Ukraine et des Républiques populaires du Donbass signent accord pour mettre un terme à la guerre en Ukraine orientale. Les négociations se sont déroulées à Minsk, la capitale de la Biélorussie, sous les auspices de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE). Malheureusement, cet accord ne permettra pas de mettre un terme définitif à la guerre.

L’élection présidentielle du 21 avril 2019 est remportée par un inconnu en politique, Volodymyr ZELENSKY. Le nouveau président, clairement pro-occidental, souhaite notamment faire adhérer son pays à l’UE, mais aussi à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), une organisation à vocation militaire. La fin de la même année, 150 000 soldats russes sont déployés à la frontière des 2 pays dans le cadre de « manœuvres militaires ». En réaction, l’Ukraine mobilise 100 000 réservistes et se prépare à une invasion. En dépit des appels de la communauté internationale à une désescalade, aucune solution politique n’est trouvée et le pire finit par arriver. Le président russe annonce au cours d’une allocution télévisée le 24 février le déclenchement d’une « opération militaire » en Ukraine.

Les revendications de la Russie

Pour le président Vladimir POUTINE, l’Ukraine n’a pas respecté les accords de Minsk. Il accuse également Kiev de génocides envers les populations russophones de l’Est de l’Ukraine. En réalité, le maître du Kremlin fait payer aux Occidentaux leur mépris vis-à-vis de la Russie depuis l’effondrement de l’URSS en 1991. Il leur reproche ensuite l’élargissement de l’OTAN vers les pays d’Europe de l’Est (Bulgarie, Hongrie, Lettonie, Estonie, Pologne, République tchèque, Roumanie, Slovaquie et Slovénie), ce qui constitue une menace de fait à la sécurité de la Russie. Tout comme le président américain John F. KENNEDY en 1962 lors de la grave crise des missiles nucléaires à Cuba, le président Vladimir POUTINE estime que l’entrée de l’Ukraine qui partage des frontières communes avec la Russie dans l’OTAN menacerait gravement la sécurité de son pays. En outre, laisser l’Ukraine entrer dans le giron de l’Occident anéantirait la reconstitution de la « Grande Russie » de l’époque tsarine avec la Géorgie et la Biélorussie pour laquelle il se sent investi d’une mission quasi messianique. Enfin, il sait que les Occidentaux ne seront pas en mesure d’empêcher son intervention

Une Europe paralysée sans le soutien militaire des États-Unis.

Depuis la création de l’OTAN en 1949, les budgets de la défense européens représentent moins de 2% du PIB, alors que leur puissant voisin russe n’a cessé de se réarmer depuis l’arrivée de Poutine au Kremlin. Parmi les 27 pays membres de l’UE, seule la France dispose de l’arme nucléaire. Les autres pays de l’UE, majoritairement membres de l’OTAN, s’appuient sur la puissance américaine pour assurer leur protection. Les États-Unis ont déjà fait savoir qu’ils n’interviendraient pas militairement dans ce conflit du fait que l’Ukraine n’est pas un membre de l’OTAN. Faute de moyens pour faire reculer la Russie, les Européens ont donc décidé de la frapper par une série de sanctions.

Les sanctions les plus fortes jamais imposées par les Occidentaux.

Les Occidentaux ont donc gelé les avoirs de la banque centrale russe en Europe et aux États-Unis, soit 630 milliards de dollars afin de limiter son accès aux marchés des devises pour soutenir sa monnaie, le rouble. Les banques russes ont été exclues du système de paiement digital Swift afin de les empêcher de faire des transactions à travers le monde. Ils espèrent ainsi entrainer une forte inflation ainsi qu’une augmentation des coûts des crédits. Les oligarques russes, proches de Poutine, sont aussi frappés d’interdiction de voyager en Europe et aux États-Unis et leurs avoirs détenus dans les banques occidentales sont gelés. Mais ces sanctions ne sont pas qu’économiques.

Les athlètes russes sont interdits de compétitions internationales comme la Coupe du monde de football au Qatar en juillet 2022 et la Russie ne pourra plus accueillir des évènements tels que le Grand prix de Formule 1 à Sotchi. En outre, les ressortissants russes qui occupaient des responsabilités dans des théâtres, opéras et orchestres européens ont été démis de leurs fonctions. Cependant, toutes ces sanctions ne sont pas sans impacts pour les économies européennes.

Des sanctions qui ne concernent pas les produits énergétiques.

La forte dépendance au pétrole et au gaz russe rend impossible tout embargo de la part des Européens en dépit de l’annulation du projet de gazoduc Nord Stream 2. Le prix du baril de pétrole a dépassé les 140 dollars, une première depuis 2008, tandis que le Gaz naturel liquéfié (GNL) connaissait une progression de plus 200% depuis le début du conflit. Les ménages européens voient leur budget pour le chauffage et le carburant augmenter exponentiellement. De même que les produits agricoles tels que le blé dont la Russie est le premier exportateur en Europe a entrainé une envolée des cours mondiaux qui se traduit par une augmentation du prix du pain.

Les dirigeants européens réunis les 10 et 11 mars 2022 à Versailles ont décidé de réduire de 2/3 la consommation de pétrole et de gaz russe d’ici fin 2022, ce qui reste un vrai défi en raison de la faiblesse de l’offre mondiale, pénalisée par les embargos que subissent l’Iran et le Venezuela qui sont de grands producteurs pétroliers et de gaziers. Pour faire face, la Russie a donc décidé de nouer des partenariats stratégiques avec…la Chine

Le soutien indispensable de la Chine.

Le géant asiatique qui n’a pas pris part aux sanctions contre la Russie reste le principal bénéficiaire indirect de ce conflit. En effet, Pékin a levé les restrictions contre le blé russe et a signé un accord de construction d’un second gazoduc entre les 2 pays d’une capacité de 50 milliards de mètres cubes. La Chine va en outre permettre aux banques russes de faire des transactions en Yuan pour contourner les interdictions d’utiliser des euros et des dollars qui les frappent. Les échanges commerciaux entre la Chine et la Russie s’élevaient à 147 milliards de dollars en 2021. L’autre raison est que la Chine espère un soutien indéfectible des Russes en cas d’invasion de Taiwan, territoire sur lequel elle revendique sa souveraineté.
Jean Paul Augé OLLOMO

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