CÉLIBAT DES PRÊTRES DANS L’ÉGLISE CATHOLIQUE, La réforme impossible ?

CÉLIBAT DES PRÊTRES DANS L’ÉGLISE CATHOLIQUE, La réforme impossible ?
Les responsables de l’Église catholique congolaise ont décidé de mettre de l’ordre dans leurs rangs avant la visite programmée du pape François. Réunis au sein de la puissante CENCO, les évêques ont appelé les prêtres ayant des enfants à se retirer de leurs charges ecclésiales sous peine d’exclusion. Pourquoi ce phénomène existe-t-il dans l’Église catholique romaine ? Le célibat des prêtres doit-il être relevé ? Décryptage

L’église catholique romaine du Congo lance la charge

La nouvelle a rendu des millions de Congolais catholiques heureux. En effet, le 3 mars 2022, la République Démocratique du Congo (RDC) et la nonciature apostolique du Congo ont annoncé la visite apostolique du pape François du 2 au 5 juillet 2022. Avec une population de plus de 80 millions d’habitants, l’Église catholique revendique 40% de fidèles du plus grand pays d’Afrique centrale. C’est la troisième fois qu’un pape vient en RDC après les visites de Jean Paul II en 1980 et 1985.

Depuis lors, le pays aura connu 2 guerres civiles et de nombreuses périodes d’instabilité. C’est dans la foulée des préparatifs de cette arrivée que la Conférence épiscopale de la République Démocratique du Congo (CENCO) vient de jeter un pavé dans la mare. Dans un document officiel interne de 19 pages publié le 3 mars 2022 et signé par les 47 évêques des diocèses du pays dont de nombreuses agences d’information ont pu prendre connaissance, la CENCO a demandé à tout prêtre catholique ayant un enfant à abandonner son sacerdoce.

Le document intitulé « A l’école de Jésus-Christ. Pour une vie sacerdotale authentique » est non seulement une exhortation à la chasteté sacerdotale, mais également une interrogation sur les droits des enfants issus d’unions entre prêtres et femmes laïques. Pour la CENCO, il s’agit de « briser le silence » par rapport à ces expériences douloureuses en rappelant qu’au sein de la société congolaise, les personnes nées d’une relation entre une femme et un prêtre « sont stigmatisées ».

Bien que les évêques aient exprimé leur joie de voir que beaucoup de prêtres vivre encore fidèlement leurs engagements sacerdotaux, ils fustigent cependant les attitudes qui prévalent dans certains milieux où les interdits sexuels n’existent pas et qui perturbent ainsi les prêtres dans l’exercice de leurs charges sacerdotales. La CENCO justifie en outre sa décision en se basant d’une part sur les droits et obligations des parents à l’égard de leurs familles, mais d’autre part sur l’incompatibilité de charge de père de famille avec le ministère et vie sacerdotale en régime catholique romain.

Ainsi pour être un bon père de famille, les prélats congolais proposent que le prêtre soit déchargé de ses obligations sacerdotales pour se consacrer pleinement à l’éducation et à la prise en charge de sa progéniture. Dans le cas où le prêtre ayant des enfants refuserait de demander la dispense des obligations cléricales, il reviendrait alors à l’évêque de son diocèse de présenter le cas au Vatican afin de procéder à son renvoi de l’Église catholique romaine. Bien qu’il n’ait pas été mentionné de date butoir aux prêtres indélicats, cette annonce a quand fait l’effet d’une bombe. Le phénomène de prêtres ayant des enfants ne se limite pas qu’en RDC, mais bien dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne et interroge sur le célibat des prêtres au sein de l’Église catholique romaine.

La problématique du célibat des prêtres dans l’église

La question du célibat des prêtres a commencé à se poser dès les origines de l’église. En effet, le célibat est une obligation qui s’est progressivement imposée chez les catholiques romains comme une discipline, car le mariage est apparu comme concurrençant la mission ecclésiale dévolue aux clercs. Puis l’engagement d’abord des moines à travers la prononciation du vœu de chasteté (IIIe et IVe siècle) et par la suite celle des prêtres qui va la rendre obligatoire dans toute l’Europe. Bien que mariés dans les premières communautés chrétiennes, les prêtres demeuraient entièrement consacrés à leur sacerdoce. La sexualité, bien que considérée comme un obstacle à la pratique sacerdotale, restait largement pratiquée chez les prêtres. Nombreux parmi eux étaient mariés et avaient une famille.

Ainsi Saint Grégoire DE NAZIANZE (329-390) était fils d’évêque de même que de nombreux papes et évêques de l’époque. Malheureusement, on vit apparaître par la suite de véritables dynasties au sein de l’église. Les enfants de prêtres héritaient des charges ecclésiastiques de leurs parents et n’hésitaient pas à dilapider les biens de l’église. C’est à cause de ces dérives que furent faites les premières grandes réformes de l’église au XIe siècle. Lors du deuxième concile du Latran (1139), l’église grégorienne impose le célibat. Désormais, celui qui veut être ordonné doit d’abord s’engager à demeurer célibataire et les hommes déjà mariés ne pourront plus être ordonnés.

En dépit de la naissance du protestantisme par Martin LUTHER qui prône le mariage des hommes d’Église, le célibat est confirmé par le Concile de Trente (1545-1563). Tous les papes qui se sont succédé par la suite n’auront cessé de rappeler leur attachement au célibat des prêtres. Le code de droit canonique (promulgué en 1983), au canon 277, dispose justement que les clercs sont « tenus par l’obligation de garder la continence parfaite et perpétuelle à cause du Royaume des Cieux, et sont donc astreints au célibat, don particulier de Dieu par lequel les ministres sacrés peuvent s’unir plus facilement au Christ avec un cœur sans partage et s’adonner plus librement au service de Dieu et des hommes ».

En 1968, le pape Paul VI annonçait fièrement : « Je préfère donner ma vie que de changer la loi du célibat ». De même, Jean Paul II disait en 1999 : « Le célibat sacerdotal, la discipline de la prière, la simplicité de vie et l’habit ecclésiastique sont des signes évidents que le prêtre est l’homme placé à part pour le service de l’Évangile ». Mais quelle est la position des autres églises et des religions juives et musulmanes sur cette question ?

Le mariage des hommes d’église dans les autres religions

Dans l’Église catholique orthodoxe, les règles sont différentes. En effet, un homme déjà marié peut être ordonné prêtre (ou pope). En revanche, ils ne peuvent ni divorcer ni se remarier et seuls les popes célibataires peuvent devenir des évêques. Dans certaines églises orientales (maronites) ou anglicanes, les prêtres sont autorisés à se marier. Il en est de même au sein des religions juives et musulmanes où il est même fait obligation aux rabbins et aux imams d’être mariés. Dans les églises luthériennes, la fonction pastorale ne relève pas du sacré et à ce titre, le pasteur a le droit de se marier comme tout homme. L’église catholique de Rome reste encore une des rare à faire du célibat une règle de discipline en raison de la dimension sacrée du prêtre. Cependant, des voix différentes commencent à s’élever pour demander à du changement à Rome.

La proposition du synode sur l’Amazonie

En 2019, les évêques d’Amérique du Sud ont fait une proposition audacieuse au Vatican. En effet, réunis lors du synode sur l’Amazonie, les prélats sud-américains sont revenus sur la question en demandant au pape François de permettre l’ordination des hommes mariés. Ces derniers seraient sélectionnés par leurs communautés, pourront recevoir une formation adéquate au presbytérat à condition d’avoir une famille légalement constituée et stable. Les chrétiens d’Amazonie sont parfois confrontés à la rareté des prêtres sur le terrain. Le continent qui compte de plus de chrétiens au monde ne dispose hélas pas de suffisamment de prêtres pour donner les sacrements, assurer les cultes religieux et faire les confessions des fidèles, car les hommes disponibles sont pour la plupart déjà mariés ou en couple. C’est pour pallier ce déficit que les évêques d’Amérique du Sud ont fait cette proposition d’ordonner les hommes mariés. Malheureusement, le Saint-Père n’a toujours pas donné suite à cette proposition des 9 pays d’Amazonie, mais nul doute que cette problématique refera surface tôt ou tard.

La posture très conservatrice du Vatican sur le célibat des prêtres

Depuis ces dernières décennies avec l’avancée des églises dites charismatiques à travers le monde et le nombre sans cesse décroissant de nouvelles ordinations de prêtres, l’Église catholique romaine est à la croisée des chemins. En gardant une position conservatrice sur non seulement la question du célibat, elle ferme une possibilité de rendre de réforme sur cette question. Or, la position de l’Église catholique romaine est attendue vraiment attendue sur cette question tout comme le débat sur les femmes diacres. Elle doit désacraliser la fonction du prêtre pour pouvoir sortir de cette situation archaïque, mais comme on vient de le voir en RD-Congo, les veilles pratiques ont encore de beaux jours devant elles. Le Réforme sur le célibat des prêtres catholiques n’est pas du tout à l’ordre du jour ni aujourd’hui ni demain.
Jean Paul Augé OLLOMO

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