GRIPPE AVIAIRE, La filière avicole de nouveau en danger ?

GRIPPE AVIAIRE, La filière avicole de nouveau en danger ?
Après deux ans de difficultés dues à la pandémie de la Covid-19 qui a contraint le gouvernement à prendre des mesures de restriction dans le but de freiner la propagation du virus, la filière avicole est à nouveau confrontée ce mois de mai 2022 à une autre menace : la grippe aviaire. Les mesures édictées conjointement par le ministère chargé de l’Agriculture et celui de la Santé, parmi lesquelles l’interdiction de la circulation des volailles vivantes dans la zone dite du Grand Libreville, ont ralenti l’activité, particulièrement dans la province de l’Estuaire où trois foyers ont été découverts. La majorité des acteurs de la filière reste tout de même confiante, bien que celle-ci ait décidé de la création d’un syndicat pour défendre ses intérêts, une première au Gabon.

Découverte de nouveaux foyers à l’Estuaire

Alors qu’ils sortaient peu à peu la tête de l’eau après deux ans d’activité fortement impactée par la pandémie de coronavirus ayant contraint les autorités à prendre des mesures restrictives en vue de freiner la propagation du virus qui a fait 6,28 millions de décès dans le monde et 304 au Gabon, les acteurs du secteur avicole font face depuis la mi-mai 2022 à une nouvelle menace : l’apparition du virus grippal H5N1, responsable de l’influenza aviaire encore appelée « Grippe aviaire ». Il s’agit, en réalité, d’une des rares apparitions de cette maladie qui touche particulièrement la volaille. Le pays a souvent été touché indirectement par la résurgence de ce virus hors de ses frontières. Ce fut le cas il y a plus d’un an.

En fin novembre 2020, pendant la pandémie de Covid-19, le gouvernement avait dû décider de la suspension de l’importation des œufs et de la volaille vivante en provenance d’une vingtaine de pays africains, européens et asiatiques. Il s’agissait notamment de 26 pays parmi lesquels la France et le Cameroun où des foyers de grippe aviaire (H5N8) avaient été découverts par l’Organisation de la santé animale (OIE). Si le ministère en charge de l’Elevage et de l’Alimentation dirigé à l’époque par Biendi MAGANGA-MOUSSAVOU avait décidé de cette suspension, c’est parce que certains de ces pays, notamment ceux mentionnés plus haut, figurent parmi les premiers fournisseurs du Gabon. À l’époque, les autorités gabonaises avaient expliqué que la décision du gouvernement répondait au « principe de précaution » visant à « protéger les élevages nationaux en renforçant les contrôles aux frontières ».

Le 17 mai 2022, dans un communiqué, rendu public par Jean Jaques MOUYABI, directeur général de l’Élevage, le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation et celui de la Santé ont conjointement décidé de la même mesure de suspension de l’importation de volaille en provenance des pays voisins. Cette fois, la découverte n’a pas été faite par l’OIE, mais plutôt par le Centre international de recherches médicales de Franceville (CIRMF) saisi par le gouvernement en avril. « Les services compétents de la Direction générale de l’Élevage ont observé depuis le 13 avril 2022 des mortalités de volaille anormales dans trois élevages situés dans la zone de Meyang, département du Komo-Mondah, dans la province de l’Estuaire. Face à cette situation, des prélèvements ont été effectués pour analyses au CIRMF et ont révélé la présence du virus H5N1 », lit-on dans le communiqué paru un mois après la découverte du phénomène.

Des mesures contraignantes

Jugeant « hautement pathogène » le virus de la grippe aviaire, en plus de la suspension momentanée de l’importation de la volaille des pays voisins, le gouvernement a décidé d’autres mesures, à savoir :
  • L’interdiction de la circulation des volailles vivantes dans la zone dite du Grand Libreville (Libreville, Owendo, Akanda et Ntoum) ;
  • La fermeture de tous les points de vente de toute volaille vivante dans les marchés, sauf autorisation spéciale délivrée par les services compétents ;
  • La mise en place et le renforcement des mesures de biosécurité dans toutes les fermes du Gabon ;
  • La visite des fermes proches de celles ayant enregistré des cas de grippe aviaire ;
  • Le lancement d’une campagne de sensibilisation et de prélèvements pour analyses.
Pour les autorités gabonaises, ces mesures conservatoires visent à contrer l’« incidence sur la santé publique » de cette pathologie ainsi que son « fort enjeu économique ». « Ne pas les prendre, considérant les risques encourus, aurait été une erreur grave de la part du gouvernement, même si nous ressentons encore aujourd’hui les effets de la Covid-19 sur notre activité », défend un entrepreneur avicole exerçant dans la localité d’Okolassi, dans la commune de Ntoum. Plusieurs de ses collègues sont toutefois nuancés sur ces décisions.

La filière comprend, mais fait bloc

Parmi les mesures conservatoires annoncées par le gouvernement pour éviter tout risque de propagation du virus de la grippe aviaire sur toute l’étendue du territoire national, ce qui pourrait conduire à des mesures plus strictes telles que l’abattage des volailles et la destruction des œufs, y compris ceux en bonne santé, l’ouverture d’une enquête épidémiologique dans les élevages, la mise à disposition d’un numéro vert pour répondre à toutes les questions du public ainsi que la création d’une cellule de crise multisectorielle ont été décidées. Des décisions qui ont trouvé l’assentiment des principaux acteurs de la filière avicole du Gabon, d’autant qu’elles permettent de « circonscrire l’épizootie ».

Toutefois, quelques préoccupations ont été exprimées par les éleveurs dès le samedi 21 mai 2022. « Les mesures gouvernementales sont louables pour freiner la propagation de l’épidémie de grippe aviaire. Seulement, l’application des interdictions devrait se faire au cas par cas. Il y a parmi les fermes celles qui observent des mesures de biosécurité très strictes », a proposé Hervé Patrick OPIANGAH fraîchement élu à la tête du tout nouveau Syndicat national des agriculteurs et aviculteurs du Gabon (SYNAG). La création de cette organisation syndicale, la première du genre dans le pays, répond à la volonté des 25 entreprises et fermes qui la composent de défendre leurs intérêts communs.

Le syndicat déplore en effet l’absence de pragmatisme de la part des dirigeants. Ses membres ont rappelé au gouvernement le risque de perte d’emplois pour de nombreux Gabonais à cause de cette généralisation des mesures. Pour ce qui est de la production des œufs à Meyang où les trois foyers ont été découverts, celle-ci est estimée entre 200 000 et 250 000 œufs par jour. Ces œufs sont donc stockés en attendant la levée des mesures. Une situation qui fait craindre la rareté des œufs sur le marché, donc une augmentation du prix chez les revendeurs ou les détaillants.

« Ces mesures vont aussi impacter les secteurs connexes comme la pâtisserie et la boulangerie », prévient le président du SYNAG, qui invite le gouvernement à revoir sa stratégie de riposte au virus H5N1, notamment en encadrant les fermes touchées, en prenant des mesures d’accompagnement sur le plan financier pour les fermes dont les stocks d’œufs s’accumulent

L’épizootie est circonscrite et maîtrisée

Une semaine après avoir annoncé les mesures conservatoires, le gouvernement a tenu à faire une mise au point dans le quotidien L’Union, en réponse à un article du même média qui l’invitait à organiser une concertation avec les acteurs de la filière avicole préoccupée par la nouvelle apparition du virus. La Direction générale de l’élevage a assuré que :
  • Une semaine après, l’épidémie était « circonscrite et maîtrisée ». D’autant plus que celle-ci concerne uniquement la région de Meyang (Komo-Mondah) ;
  • L’interdiction de circulation des volailles vivantes concerne uniquement cette région ;
  • La circulation et la vente des volailles vivantes entre les autres localités du pays ainsi que la consommation des œufs ne sont pas interdites.
Griffin ONDO

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