CHUTE DE L’EURO FACE AU DOLLAR, Ses incidences sur les politiques monétaires de la zone franc.

CHUTE DE L’EURO FACE AU DOLLAR, Ses incidences sur les politiques monétaires de la zone franc.
Après les sanctions économiques et financières les plus dures jamais infligées à un pays par les Occidentaux dès le mois de mars 2022, les Russes ont réagi en mettant en œuvre des contre-sanctions pour en limiter les effets. Ces mesures ont eu pour conséquence de faire chuter la valeur de l’euro face au dollar. Décryptage des conséquences sur les économies de la zone franc.

Une crise énergétique sur fond de sanctions économiques et financières

La décision de se couper du gaz russe qui fournissait jusqu’en janvier 2022 près de 45% de la consommation de l’Union européenne (UE) a jeté un coup d’accélérateur sur les prix de cette ressource énergétique au point où le risque d’en manquer pour l’hiver prochain est devenu une possibilité de plus en plus probable. Mais les inquiétudes ne s’arrêtent pas là. Avec une inflation moyenne de 9,1% en zone euro, les gouvernements européens et la Banque Centrale multiplient les mesures de soutien aux populations gravement impactées socialement. Pour assombrir encore plus le tableau : la baisse vertigineuse de l’euro, la monnaie unique de 12 Etats européens, par rapport au dollar américain s’accentue depuis plusieurs mois.

Une chute de valeur de l’euro inattendue

Depuis sa création en 2002, la monnaie unique européenne n’est pas à son premier soubresaut. Déjà avec la crise financière de 2008 qui s’était transformé en crise des dettes souveraines en 2012, l’euro était tombé sous la barre symbolique de 1 dollar. Elle n’avait obtenu son salut que grâce aux politiques budgétaires strictes des pays européens ainsi qu’à l’intervention de la Banque centrale européenne (BCE) qui avait racheté à coups de milliards les obligations des États afin de la stabiliser. Mais les raisons de la chute de l’euro cette année sont ailleurs. En effet, on peut citer deux raisons majeures pour comprendre cette situation.

Il y a d’abord le plan massif d’investissements sur le climat et la santé de l’administration Biden de 370 milliards de dollars en mars dernier. Ensuite, on notera la décision des pays européens de se passer totalement des hydrocarbures russes dès cet été. La coupure des approvisionnements en gaz par la Russie en fin août ont accentué les incertitudes concernant la capacité des Européens à se passer des hydrocarbures russes. L’euro qui valait encore 1,20 dollar avait brusquement chuté à 1,13 dollar durant le mois de mars. La décision de la Réserve fédérale américaine (Fed) de remonter ses taux directeurs afin de lutter contre l’inflation et éviter la surchauffe de son économie avait accentué le phénomène de baisse jusqu’au début du mois d’août où l’euro atteignait la parité avec le dollar, une première depuis 20 ans. Un mois plus tard, la monnaie unique européenne passait sous la barre du dollar pour atteindre la valeur de 0,97 dollar. En 1 an, l’euro s’est déprécié de 15% par rapport au dollar. Une situation qui fait peser de lourdes conséquences sur les économies de la zone euro. Mais comment comprendre une telle situation ?

Un euro faible face à un dollar fort

La faiblesse de l’euro s’explique en réalité par la force du dollar. En effet, l’embargo sur les hydrocarbures infligés par les Américains et les Européens à la Russie n’ont pas eu le même impact sur leur économie et monnaie respectives. En effet, pour les Européens, le choix de se passer totalement des hydrocarbures russes qui représentaient plus de 40% de leurs importations a entraîné de coûteuses réorganisations en matière de mise en place de nouveaux terminaux portuaires pour le gaz naturel liquéfié (GNL) et de raffinage adapté au gaz de schiste américain. Sans compter que la recherche de nouveaux fournisseurs de GNL, l’amélioration des structures d’importation et de distribution de gaz dans les pays de l’Union européenne et le développement des énergies renouvelables demandent du temps pour se mettre en place ce qui met sous forte tension leur situation énergétique.

Pour les Américains la situation est totalement différente. D’abord en raison de leur indépendance énergétique qui en fait même des exportateurs profitant ainsi de la hausse vertigineuse des prix des hydrocarbures. Cette situation a un effet sur la balance commerciale qui s’apprécie depuis le mois d’avril 2022 et qui soutient fortement le dollar. Ainsi la zone euro a enregistré un déficit commercial de 26 milliards en mai 2022 alors qu’il était en excédent de 12 milliards à la même période en 2021. Cette dégradation de la balance commerciale pèse sur le taux de change. Un autre facteur qui joue également en défaveur de l’euro est l’inflation.

Des incertitudes qui favorisent l’inflation

L’augmentation des prix a une influence sur le taux de change. La monnaie américaine jouit d’un double avantage en raison de son effet de valeur refuge et comme monnaie de réserve. Les tensions liées à l’énergie ravivent la fonction du dollar comme valeur refuge ce qui se traduit par le nombre trois fois plus élevé des devises détenues dans les banques centrales par rapport à l’euro. Bien qu’ayant un niveau assez proche d’inflation aux alentours de 9%, les effets sur l’euro sont plus importants que sur le dollar. Les incertitudes plus grandes sur les économies européennes, avec des tendances défavorables en zone euro, ainsi qu’un effet refuge en faveur du dollar, rendent l’euro moins attractif. Pourtant cette baisse de l’euro devrait avoir un effet positif sur les exportations de biens et de services dans les zones en dollar grâce à une meilleure compétitivité. Malheureusement, elle renchérit les importations qui viennent de cette zone. Ainsi les biens de consommation, les biens intermédiaires, les matières premières et surtout l’énergie devenus plus chères, car facturés en dollar absorbent ainsi tous les avantages tirés de la dépréciation de l’euro et alimentent l’inflation. Mais qu’en est-il des monnaies arrimées à l’euro ?

Des économies de la zone CFA fortement affectées

La chute de la valeur de l’euro par rapport au dollar n’a pas de répercussions que sur les économies des pays de la zone euro. Sur le continent africain, quatorze pays réunis au sein du franc CFA subissent de plein fouet cette situation. En effet, le franc CFA est directement indexé sur l’euro à parité fixe. La première conséquence de cette parité fixe est sur la balance de changes. En effet, les importations libellées en dollar sont devenues plus chères. Pire, l’énergie payée en dollar nourrit l’inflation.

En outre, les pays africains étant dépendants des importations des denrées alimentaires principalement de pays de la zone dollar voient donc leurs maigres ressources fondre rapidement. Les pays comme la Côte d’Ivoire et le Togo ont lancé des programmes visant à substituer des denrées d’importation telles que le blé et le riz par des céréales locales tels que le mil et le sorgho. Même pour les pays disposant de matières premières pétrolières et minières libellées en dollar, la baisse de l’euro va entrainer un effet de profitabilité permettant d’engranger de substantielles devises en dollars, mais très vite dissoutes par les importations de produits de consommation courante. Quelles solutions alors pour les banques centrales de la zone franc CFA ?

Les banques centrales africaines impuissantes

Malheureusement, face à cette situation, les banques centrales africaines de l’ouest et du centre (BCEAO et BEAC) sont impuissantes. Sans capacité d’agir sur les taux directeurs, elles sont contraintes à suivre scrupuleusement les politiques monétaires édictées par la BCE. Pour maintenir une inflation plus faible qu’en zone euro, elles devraient appliquer des mesures plus rigoureuses. Cette situation a en outre ravivé des débats sur le franc CFA.

Le franc CFA est né le 26 décembre 1945 au moment où la France ratifie les accords de Bretton Woods. Il signifie alors la Communauté Française d’Afrique. Au moment des Indépendances, il prendra la dénomination de Communauté Financière Africaine pour les 8 pays membres de l’Union monétaire ouest-africaine (UEMOA) et Coopération Financière en Afrique pour les 6 pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Le Trésor français en garantit la convertibilité auprès de la Banque de France puis auprès de la BCE avec la mise en place de l’euro.

Pour ses détracteurs, le franc CFA est une monnaie coloniale qui empêche les anciennes colonies françaises de bénéficier d’un levier important de financement de leurs économies et qui les assujettissent à la France. Ils proposent donc la fin de cette parité fixe à l’euro et son indexation dans un panier de devises dont le dollar, le yuan et le rouble en raison des multiples partenaires économiques des pays africains et du fait que le dollar reste la principale valeur refuge à l’échelle mondiale. Pour ses partisans au contraire, le franc CFA est un instrument de stabilité qui agit sur l’inflation et sur la dette des États.

Il est clair que cette perte de la valeur de l’euro face au dollar pourrait avoir un effet bénéfique sur les économies locales. Il serait temps d’engager des réflexions sur la relance des productions locales et la démondialisation en favorisant la diminution des importations, la stimulation des productions locales, la diminution des exportations et l’augmentation de la transformation des matières premières sur place. Mais il faut reconnaitre que de telles transformations demandent beaucoup d’efforts pour des pays dont les gouvernements sont soumis à d’énormes contraintes financières que sont celles du régime de change dans la zone CFA.
Jean Paul Augé OLLOMO

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