Lezéléments. À LEUR TOUR, LES GABONAISES PARLENT DES GABONAIS

Pemba et Megnina sont furieuses. Elles ont lu sur facebook la description que Mouss, Ngadi et Obiang ont fait des Gabonaises et elles trouvent que ce n’est pas juste. Elles m’ont donc appelé pour se plaindre et par honnêteté, je suis obligé de vous retranscrire ici la conversation que j’ai enregistrée d’elles, il y a un instant.
PEMBA : Mais d’abord ces Gabonais-là se prennent pour qui ? Quand tu regardes bien, ma co, euxmêmes ils ont plus de défauts ethniques que nous et ils font le malin !

MEGNINA : Je te dis ma co ! Ils n’ont même pas honte de parler de nous comme ça. Alors que quand tu analyses, c’est n’importe quoi. Le gars Obiang-là dit carrément qu’on est sauvages !

PEMBA : Encore les Fangs ! Wou ! Tu sais ma co, il y a deux types de Fang. Il y a le Fang qui n’a pas réussi et qui est barbare : celui-là, il veut tout prendre par la force. Il te drague comme un Caterpillar, sans gêne, sans prendre des gants, il fonce sur toi comme un vautour, en te donnant presque des ordres, quoi. Et il te parle un français aux accents Ntumu, comme s’il te chantait Hilarion Nguéma à l’oreille ! Et il y a le Fang qui a réussi et qui est orgueilleux et pingre, carrément peigne afro jusqu’à la racine.

Celui-là fait presque l’éloge de tous ses diplômes et des universités dans lesquelles il est passé chaque fois qu’il te parle. Celui-là estime que tu dois te sentir fière d’être draguée par lui. Alors quand il parle, il sort les tournures syntaxiques de sa thèse pour t’impressionner. Quand il dépense pour toi, tu dois comprendre qu’il t’a fait une inestimable faveur! Il a toujours plein de soeurs à qui il paye les études. Et il te présente toujours à sa mère !

MEGNINA : Il présente toutes ses copines à sa mère ! Elle complote avec lui, car elle veut qu’il soit polygame. Tu lui piles la banane à la cuisine, sans savoir que l’autre petite a fait la même chose hier.

PEMBA : La mère du Fang te fait la politique !

MEGNINA  : Je te dis ! Elle est carrément aux accusations quoi ! Son fils a fait les grandes études, toi tu viens juste en profiter ! Vraiment! Bon, il y a aussi le Myènè.

PEMBA : Ah oui, le Myènè il est poncé, ma co : costume bien repassé, l’homme est propre de chez propre, il a le coeur à l’amour vrai, petit langage bossé, un brin métis, il a même la base aux ongles ! En plus, c’est un Akandais !

MEGNINA : Oui, mais…

PEMBA : … mais son argent est géré par sa mère !

MEGNINA : Ah là là ! La mère du Myènè ! La rivale par excellence ! La tour de contrôle ! Le gars l’appelle toutes les heures, il passe la voir tous les jours après le boulot, il est aux petits oignons pour elle. Elle occupe tellement de place que tu te demandes où il va te mettre ! Et par-dessus tout, elle te déteste !

PEMBA : Ah, je te dis ! Mais ma co, y a le Punu !

MEGNINA : Oh, oh, oh, oh, oh, celui-là, celui-là: le Punu ! Un gros tchateur qui n’a pas les moyens de sa politique ! Le spécialiste de la palabre ! Pour te raconter une histoire qui va de Mbolo à Africa n°1, il va aller tourner à Kango ! Il te promet toujours monts et merveilles et il réussit toujours à te convaincre que ce n’est pas sa faute si ça n’arrive pas !

PEMBA : Pas pour rien que Mouila est la capitale nationale des partis politiques, ma co. Il y a plus de partis politiques au mètre carré là-bas que dans tout le Gabon réuni ! Le Punu peut te vendre des frigos aux Esquimaux, au pôle nord.

MEGNINA : Mais quand même il s’habille trop grave, le Punu. Son mélange des couleurs est souvent apocalyptique, surtout quand il est en costard ! PEMBA : Ah ma co, je ne te dis pas ! Tu as déjà vu un Punu docteur en philosophie, en costard, sous le soleil, à la gare routière à midi, attendant un taxi ? Le spectacle en vaut le détour, ma co ! Le costume bleu est toujours plus grand que lui et froissé, la cravate vert fleuri est trop longue ou trop courte, les manches de la chemise rouge dépassent les phalanges !

MEGNINA : Kiakiakiakia ! Pourtant le Punu a une redoutable qualité, qu’il partage avec le Nzebi : il a un bassin qui frappe dur, ma co !

PEMBA : Ça, c’est parce qu’il danse l’Ikokou, ma co. Ça forme le bassin. MEGNINA : Et le Nzebi, ma co ?

PEMBA : C’est le nouveau civilisé celui-là ! Depuis qu’il est passé de Bandjabi à Nzebi, il ne se la pète plus, dis donc ! Moi dans le système, je préfère le Kota !

MEGNINA : Hein, tu plaisantes ma co ! Le civilisé de Makokou-les-misères ?

PEMBA : Oui. Lui au moins, il est franc dans sa broussardise ! Et puis, ma co, il a la tradition forte : on le circoncit en public, le gars, et quand il est déjà grand ! Imagine la force morale !

MEGNINA : Kiakiakiakia ! Mais il ne s’agit pas d’aller ruer l’éléphant en brousse, ma co, hein! Bon, y a l’Apindji quand même, hein ?

PEMBA : Non ma co, lui il est en voie de disparition, comme l’Okandais ou le Bavarama kiakiakia.

MEGNINA : Alors, si on parlait un peu du Téké ?

C’est à ce moment que le téléphone de Pemba sonne:

PEMBA : Allô, chéri ?… Oui mon chéri doudou… Mais oui ! Je t’ai dit que je sors ce soir avec mes soeurs, non ?… Oui mon papounet… Non, non je ne pourrai pas passer. Je t’envoie ma petite soeur prendre l’argent à ton bureau, d’accord ?…

Elle Danse initiatique gabonaise.

... démarre maintenant mon chou. N’oublie pas que tu n’as pas payé le loyer, mon coeur. La proprio a déjà appelé. Y a aussi la vidange et le carburant de la voiture… Oui, mon chéri. Le matin je suis même passée au chantier. Ils ont commencé à mettre le toit. Il faut que tu passes payer les ouvriers… Je sais que tu es sérieux mon coeur… D’accord, embrasse tes enfants et pense quand même à moi ce soir quand tu seras avec madame, hein ?… Ok, ma petite soeur est dans ton bureau dans 15 minutes. Je t’embrasse partout mon chou. Bisous bisous !

Pemba raccroche son téléphone.

MEGNINA : C’était qui ?

PEMBA : Mon Batéké. On disait quoi déjà ?

MEGNINA : On parlait justement des Batékés.

PEMBA : Là-bas, c’est le coffre-fort assuré, ma co.

MEGNINA : Voilà pourquoi les petites filles d’aujourd’hui ont compris le topo, ma co. Elles ont un seul copain : il a la tête d’un Fang, le bassin d’un Punu, les poches d’un Téké et le coeur d’un Myènè !
Omer NTOUGOU

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